Vous trouverez dans notre rubrique Articles de la presse spécialisée, les articles suivants:
1) Création de la sophrologie.
par le professeur A.caycedo
2) 3ème Symposium National des Sophrologues – Compte-rendu
par Mme Christine BARRIER
3) Le soignant, l’enfant et son « souffrir ». Sensibilisation à la prise en charge sophrologique
par Mme Marie-Anne COSTA
4) Paramètre de prétérisation et conscience cellulaire.
par le Dr Michel GUERRY
5) Le paramètre de futurisation et son activation.
par le Dr Michel GUERRY
6) Prévention et Education.
par M. Gilles BOSC
7) Quelques réflexions sur la professionnalité et la profession de sophrologue de la branche sociale.
par Mme Marcella VIANO
 

  Création de la sophrologie
  par le professeur A.caycedo


J'ai crée le nom " Sophrologie " en 1960, pour désigner une Ecole de recherche médicale consacrée à la conscience, alors que je travaillais comme Médecin interne dans le service de Neuropsychiatrie du Professeur J.J.Lopez Ibor, à l'Hôpital Provincial de Madrid, devenu aujourd'hui le Musée Reine Sofia.

j'ai commencé par étudier les modifications des niveaux et des états de la conscience, obtenues par différents procédés. Ces " modifications " devaient me conduire inévitablement à la rencontre avec ce qui se modifiait : la conscience. Et ceci devait peu à peu et nécessairement transformer mes postulats initiaux.

Mon hypothèse de travail prétendait répondre à la première question que je me posais en tant que jeune médecin psychiatre, exerçant dans le service de psychiatrie d'un vieil hôpital de l'après-guerre espagnole : " la conscience peut-elle être autrement ? "
J'étais alors confronté à la conscience " pathologique " (1) chez des patients présentant de graves altérations psychiatriques, dans un hospital où, en cette période difficile d'après-guerre, nous manquions de médicaments et étions peu de médecins, alors que les patients étaient nombreux et souffraient de troubles aigus et chroniques les plus variés.

Les seules thérapies que nous pouvions appliquer à grande échelle étaient les cures de Sakel (comas insuliniques) et l'électrochoc. J'étais chargé de diriger personnellement les traitements. Nous utilisions donc comme thérapies des " modifications " de la conscience qui menaient soit au coma (cures de Sakel) soit à une perte de conscience avec de fortes convulsions (électrochocs).

On n'admettait alors que l'existence d'un état de conscience normal et d'un autre état de conscience dit pathologique. Dans ces circonstances, je me demandais s'il ne pourrait pas exister un troisième état de conscience, qui sans être normal ni pathologique, pourrait sauver l'homme du déterminisme d'une existence condamnée à seulement deux possibilités. Ma réponse fut la création de la sophrologie.

Dr Alfonso Caycedo


La sophrologie, devenue à partir de .... la sophrologie caycédienne, s'est enrichie de façon progressive, jusqu'à arriver à une maturité conceptuelle née de la pratique médicale, de la recherche clinique et de l'expérience au niveau social.

(1) Tous les troubles psychiatriques sont fondamentalement des altérations de la conscience

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  3ème Symposium National des Sophrologues – Compte-rendu
  par Mme Christine BARRIER


Je suis venue à ce troisième Symposium des Sophrologues avec beaucoup d'enthousiasme et de joie. Le plaisir de retrouver des visages connus, l'application d'un approfondissement sophrologique et phénoménologique provoquaient en moi une grande fébrilité qui embrasait toute ma corporalité. Ma conscience s'éclairait fortement d'une sensation de co-présence ; je m'observais et me sentais, là, bien présente dans cette grande salle de conférence Vinci, je sentais la vie là bien présente en moi, bouillonnante de possibles, d'espérance, de disponibilité et d'ouverture…Je sentais se mobiliser en moi un sentiment de plénitude et de grande satisfaction d'avoir choisi de participer, pour la troisième fois, à ce Symposium national, porteur de découvertes, de rencontres vivantielles et d'évolution personnelle. Le silence venait de se faire…

 

La voix du Président du Syndicat résonna dans le micro… et toutes les paroles, les chuchotements et autres mouvements autour de moi s'effondrèrent dans un horizon d'inactualité… Mon attention, comme celle de toute l'assemblée, était en train de se focaliser sur le Dr Michel Guerry qui ouvrit le Symposium et proposa très rapidement la parole à Gilles Bosc, Vice-Président du Syndicat, qui lut dans son intégralité, la lettre que Monsieur Alfonso Caycedo avait adressée au Dr Guerry.

 

Le silence était intense, en moi comme autour de moi. Je fus profondément émue et touchée non seulement par la lettre du Professeur Caycedo qui honorait, par là, notre Symposium, mais aussi par l'émotion qui perlait de la voix de Gilles et des présences autour de lui. Cette lettre venait percuter en moi mes valeurs de reconnaissance, de respect, de courage et d'Amour pour tous ceux qui servent, soutiennent et enrichissent la Sophrologie Caycédienne phénoménologique et vivantielle comme le font avec beaucoup de ferveur et de générosité Michel Guerry et tous ceux qui l'entourent. L'absence physique de M. Caycedo se trouvait d'un coup supplée par une présence intérieure, fondatrice de l'alliance qui nous réunissait en ces lieux, révélant la trace qu'il laissait en chacun de nous. Je ressentis un sentiment d'intime jubilation.

 

Ce troisième Symposium fut bien différent des deux premiers dans son rythme et son organisation. L'absence des ateliers en petits groupes a favorisé, pour ce qui me concerne, une intensité présentielle et vivantielle de l'assemblée que j'ai ressentie fortement, non seulement pendant les pratiques proposées à toute la salle, mais aussi tout au long de ces deux journées de rencontre. Je n'ai pas senti de dispersion, ni de distraction, ni d'éparpillement mais au contraire une grande concentration, une présence authentique, de la disponibilité, de l'ouverture, du discernement. L'apparaître du sens de la groupéité émergea à ma conscience.

 

J'ai beaucoup apprécié les pratiques vivantielles partagées avec toute la salle et animées par des sophrologues différents et de qualité. C'est là que j'ai commencé à ressentir ce que représente la créativité du sophrologue dont parle si souvent le Pr. Caycedo. L'admiration que j'ai ressentie pour la prestation de chacun des intervenants a mobilisé en moi une forte émotion de plénitude, de responsabilité et provoqué le désir intense d'une pratique régulière. Je prenais la mesure de l'intégration des protocoles actualisés par ces intervenants, leur conquête de nouvelles capacités et la transformation de leur être se dévoilait là, dans la présence et leur façon d'accompagner l'assemblée tout au long de la séance. J'avais l'impression que nous vivions, intérieurement, le phénomène de la co-présence vivantielle et transcendantale.

 

Les communications phéno-descriptives m'ont percutée d'une façon époustouflante mobilisant la vie, en moi, dans tout son pathos à travers le jouir et le souffrir. Chaque communication fut pour moi une rencontre particulière où « le verbe parle la chair », que j'ai pu ressentir tant chez l'orateur que dans ma chair impressionnelle. Je me sentais partageant quelque chose avec chaque intervenant, comme si la vie parlait à la vie… J'avais le sentiment de petits moments d'extase…

 

L'exposé du Pr. Galactéros a fortement mobilisé mon attention et éclairé ma compréhension de la phénoménologie de la vie. J'ai ressenti une intense émotion en recevant cette réalité qu' « à la 3ème semaine de sa conception, corps et vie fonctionnent et ne peuvent se soustraire à cette condition d'immanence d'affectivité : c'est le pathos de la vie ! Le souffrir de la vie qui accepte cette contrainte ; c'est de la joie ! »

 

Grâce au Pr. Galactéros j'ai « corporalisé » (pour créer un néologisme) un peu plus quelque chose de la phénoménologie qui est «d'utiliser les sens en enlevant leur fonction ; le regard de la 1ère fois capable de sentir ce que je ne peux pas toucher ! ». Je sens en moi, l'apparaître d'un éclairage nouveau dans ma capacité à ressentir, à faire l'épreuve de la vie en moi qui me donne justement cette possibilité de penser et de créer de nouvelles représentations à partir de l'expérience vivantielle que je fais de cette épreuve de la vie.

 

J'ai été particulièrement sensible à la présence du Pr. Younès Loulidi, anthropologue et professeur agrégé à l'université de Fès au Maroc, qui a développé avec beaucoup de soin, d'attention et de pertinence son intérêt, plein d'espérance, pour la sophrologie caycédienne, signant par là son souci vigilant et circonspect de voir cette science s'adapter au peuple marocain et y être acceptée. Conscient de l'épreuve d'une compréhension théorique et aussi vivantielle, tenant compte des us et coutumes de son pays, j'ai l'impression que le Pr. Loulidi veut se donner tous les moyens pour permettre à ses compatriotes de découvrir et conquérir progressivement la Sophrologie caycédienne. Cela m'a beaucoup touchée et envahie d'espérance.

 

Avant de terminer cette phénodescription, j'aimerais rendre hommage à un postulant de la sophrologie qui m'a fait l'honneur d'être présent à ce Symposium et qui a vécu quelques étonnements, bouleversements, découvertes et transformations. Ce dimanche soir du 19/11/06, ce monsieur est rentré chez lui, à Neuilly-sur-Seine, avec un regard nouveau. Après s'être installé, il a senti le désir d'exprimer son sentiment d'amour à sa femme. En termes très simples, il lui a dit : « je t'aime ». Il faut savoir que ce « je t'aime » prenait, là, dans la présence, une amplitude et une saveur nouvelle pour lui comme pour sa femme. Ils ont expérimenté une rencontre différente, libre de toute représentation... J'avoue avoir reçu ce qu'il me confiait avec beaucoup d'émotion. J'ai, comme l'impression, que la vie a dévoilé à la conscience de ce chef d'entreprise sa capacité à faire l'épreuve de son affectivité dans une réalité consciente…

 

Pour conclure, je traduirai mon expérience de la tridimentionnalité, (telle une marche phronique) à travers la présentation de ce Symposium, mes expériences vivantielles et la déprésentation de ces deux jours, ce qui me rempli d'espérance pour demain dans ce que je me sens capable de mettre en acte. Je repère et observe que je ne suis jamais ressortie de la même « matière » d'un Symposium que j'y étais entrée. A chaque fois quelque chose en moi s'est transformée… modifiée…

 

Humblement, grandement merci à tous les organisateurs, intervenants, protagonistes de ces deux jours riches d'expériences vivantielles et d'évolution.


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 Le soignant, l’enfant et son « souffrir ». Sensibilisation à la prise en charge sophrologique
  par Mme Marie-Anne COSTA


Ma préoccupation dans cette 8ème journée de l'IDE de Pédiatrie est de prendre en compte les soignants dans ce qu'ils éprouvent face à la souffrance des enfants.

 

Je me présente, je m'appelle Marie-Anne Costa, je suis Infirmière Diplômée d'Etat et Master-Spécialiste en Sophrologie Caycédienne.

Je travaille actuellement à l'Ecole Supérieure de Sophrologie (Ecole de Sophrologie Caycédienne de Provence Côte d'Azur) de Nice.

Je suis également sophrologue vacataire pour l'Association INDIGO en Hémato-Cancéro pédiatrique.

 

Alors pourquoi ce choix du titre de mon exposé : l'Enfant et « son souffrir » et non la douleur de l'Enfant ?

 

J'ai fait le choix de ne pas parler de “douleur” qui est la représentation symbolique, l'idée que l'on se fait à partir de certains critères, échelles d'évaluation de la douleur ou autre, de ce que le soigné ressent et là en l'occurrence l'enfant.

 

Mais en réalité, nous n'avons pas accès à la douleur de l'autre, nous ne pouvons que l'imaginer.

Il y a donc une forte composante affective autour de la douleur car elle est subjective.

 

Il s'agit bien du « souffrir » qui est un verbe qui exprime un acte, un ressenti, quelque chose qui est en train de se manifester dans son existence singulière et qui ne peut être mis à distance de lui, lui seul le sent, l'éprouve avec son propre monde de représentations, sa propre histoire et tente de nous le décrire.

 

J'aimerai préciser que je vais tenter dans cet exposé de m'appuyer sur la confiance que je peux me faire aujourd'hui, en partageant avec vous le fruit de mon expérience, et qui reste donc une vérité qui m'est propre et qui n'engage que moi.

 

Lors de mon expérience professionnelle d'infirmière, j'ai souvent été confrontée à la souffrance des soignés (enfant ou adulte), qui n'avait pas toujours de rapport direct avec leurs pathologies mais parfois qui était liée à la souffrance des soignants, et c'est cette expérience là que j'aimerai partager avec vous.

 

Alors pourquoi cette souffrance ?

 Les conditions de travail

 

- La surcharge de travail des soignants dans certains services de soins, donc moins de temps,

- des effectifs réduits, moins de personnel,

- des locaux non adaptés,

- du matériel insuffisant,

- ou toutes les conditions parfois réunies.

On observe alors plus de sentiment d'angoisse, de stress pour les soignants et les soignés par voie de conséquences.

 

- La lourdeur de certaines pathologies

Elle entraîne souvent une augmentation et un « panachage »de différents antalgiques pour tenter de potentialiser les effets et surtout pour lutter contre un grand sentiment d'impuissance des soignants.

 

Comment peut se mettre en place ce sentiment d'impuissance ?

 

Ce sentiment d'impuissance, compte tenu de toutes ces conditions évoquées, peut se mettre en place lorsque les soignants directement concernés dans leur efficacité professionnelle, se trouvent également confrontés à leur niveau d'exigence personnelle.

 

Je le connais pour l'avoir éprouvé, mêlé à un sentiment de culpabilité, où malgré toute ma bonne volonté, je devais assister à cette souffrance, ce sentiment d'échec quand quelqu'un vous supplie de le soulager et que vous n'y parvenez pas.

 

Je connais cette impression désagréable d'insuffisance, d'inefficacité, de mal être, avec une certaine agressivité qui peut poindre parfois.

 

Je me réfugiais alors derrière mes bons sentiments ou la tentative de soutien de certaines collègues, pour tenter de me réparer, en me répétant que j'avais fait le maximum de ce que techniquement et humainement je pouvais mettre en place, tout en gardant un arrière goût de mécontentement et de tensions corporelles pas forcément repérées.

 

Et c'est alors, comme je le partageai avec vous au début de cet exposé, que le soignant est sollicité :

dans sa compétence professionnelle spécifique, mais aussi et surtout,

en tant qu'être humain affecté, touché dans sa « chair impressionnelle », dans son corps vivant qui est le sien, et qui fait l'épreuve de la vie en train de se vivre dans un « souffrir », sans pouvoir toujours en repérer le processus en conscience.

 

Je sens qu'il se passe quelque chose à l'intérieur de moi, avec des manifestations corporelles variées : fatigue, agacement, maux de tête, mal à l'estomac, chaleur, tachycardies, je le subis, mais je ne peux pas dans l'instant y donner de sens.

Car la manifestation du «souffrir »chez le soigné, est souvent un puissant évocateur pour le soignant. Ce qui peut rendre le soignant : interventionniste.

 

En effet, il peut répondre à ce moment là, à son insu, à la nécessité impérieuse de se réguler, d'agir sur son propre sentiment de menace existentielle qu'il projette qui se passe pour l'autre, sans en avoir conscience, sans le repérer.

 

Ce mécanisme de défense peut déclencher la mise en place d'une thérapeutique médicamenteuse, alors que le soigné a surtout besoin de se sentir pris en compte dans ce qu'il tente de montrer de cette manifestation souffrante de son existence à l'autre : famille, médecin, ou soignants.

Il a tout simplement besoin d'attirer l'attention sur lui et de se faire un peu

« chouchouter » en le signalant à sa manière, certains dans le silence et d'autres dans les cris.

 

Je pense par exemple à un enfant à qui l'on faisait l'autre jour une prise de sang en hôpital de jour, qui continuait de crier et de pleurer en regardant sa mère et en disant : « Tu me crois Maman quand je dis que j'ai mal, dis Maman, tu me crois ? » ; et ceci malgré l'attention des infirmières du service, la mise en place de l'EMLA et l'utilisation de l'ANTONOX.

 

Sa seule préoccupation était de se sentir pris au sérieux dans sa souffrance par sa Maman et non de pouvoir être soulagé par les thérapeutiques médicamenteuses.

 

Ceci illustre bien la part de la composante affective de la douleur où nous, soignants, nous n'avons pas forcément accès, vus les enjeux extérieurs à cette manifestation, quand elle se présente là devant nous et que nous nous croyons dans l'obligation de la prendre en charge par un acte technique ou de rétorquer « mais non voyons tu ne peux pas avoir mal, tu as eu l'EMLA et l'ANTONOX ».

 

Phrase qui peut se justifier par le sentiment de remise en question de l'efficacité des soignants, mais qui ne soulage pas pour autant l'enfant dans l'instant.

 

Ou bien dans un autre registre, un médecin me demande de voir un enfant qui doit subir un scanner dans une posture assez pénible, et au cours de l'entretien l'enfant me dit : « Tu sais moi ça va, mais si tu pouvais un peu détendre le docteur ou mes parents, ce serait bien ».

Ou bien encore une jeune fille me confiait : «C'est moi qui suis malade, je ne souffre pas trop, mais je ne sais plus comment rassurer ma Maman et ma sœur qui ont l'air de beaucoup souffrir de ma maladie ».

 

Donc nous commençons un peu mieux à cerner la situation, et faire le constat que ce n'est pas toujours le soigné qui est le plus souffrant.

 

Alors comment soutenir à ce moment là l'existence souffrante du soignant qui peut-être parasitée comme nous l'avons abordé, par ses représentations mentales, ses a priori, son jugement, sa propre histoire, ses propres valeurs et qui se sent touché dans son existence charnelle sans en reconnaître a priori tous les processus.

 

Pourquoi sommes nous touchés dans notre propre corps ?

 

Parce que notre corps n'est pas un corps objet, il est porteur d'une mémoire tissulaire, musculaire, osseuse, organique, faite d'habitudes corporelles qui se sont impressionnées dans nos cellules au fur et à mesure de la mise en place de notre monde symbolique au cours des aléas de notre histoire, et qui en ont laissées la trace mnésique.

 

Exemple du bébé qui explore l'espace pour saisir son hochet.

Et puis un jour il le saisit enfin et il n'a pas besoin ensuite de passer par la pensée pour savoir qu'il peut le faire.

Ce que le corps a fait il sait le refaire, avec tous les avantages et les inconvénients qui en découlent, quand on a imprimé un mauvais geste comme en ski, en tennis ou autre.

 

Donc on voit bien qu'avant même de vouloir prendre en charge l'enfant et « son souffrir », cela nécessite d'avoir déjà pris le soin d'apprendre à mieux se connaître et s'éprouver.

Et c'est parce que nous portons cette trace mnésique corporelle qu'il n'y a que l'entraînement qui peut nous aider à une découverte, une conquête et une transformation progressive de notre existence corporelle en conscience, sinon, comme dit le dicton : « chasser le naturel et il revient au galop ».

 

Et c'est à partir de là que l'approche sophrologique peut trouver toutes ses indications.

 

La sophrologie n'est pas une démarche intellectuelle, et nous verrons que la bonne volonté ne suffit pas.

 

Elle permet par une méthode rigoureuse, pratique et progressive, de faire cet effort de mise en réduction de nos jugements, nos a priori, nos habitudes, les contraintes de notre histoire, afin de rétablir un lien de qualité à nous-mêmes et d'améliorer ainsi progressivement nos relations personnelles, familiales, et professionnelles.

 

Alors quel est ce processus de transformation ?

 

C'est la « vivance » et la vivance seule qui vécue dans une réalité consciente transforme.

 

Qu'est ce que la « vivance » ?

Il y a le mot « vivant », la « vivance » c'est l'acte que nous posons dans une expérience qui nécessite un entraînement progressif et répétitif, pour vivre dans une réalité consciente toutes les potentialités et les capacités que la vie nous donne.

 

Comment je peux activer cette vivance ?

 

Cela nécessite dans un 1er temps une conversion du regard pour me détourner, rejeter dans l'inactualité, mettre momentanément entre parenthèses mes préoccupations, mes a priori, mes pensées, les aléas de mon histoire (mes petits démons ou mes petits vélos) qui me voilent cet acte de mise en relation avec le monde, pour me concentrer, faire l'effort de focaliser mon attention sur ce qui se passe dans une réalité consciente.

 

Le Pr.Alfonso Caycedo fondateur de la méthode propose l'idée de « nettoyer nos lunettes » en conscience.

Et à ce moment là, c'est un effort à faire qui ne repose pas sur un principe de pensée magique ou suggestive.

 

Il ne suffit pas de se perdre dans le monde de nos représentations mentales, de nos fantasmes, en imaginant quelque chose pour que cela se réalise, cela se saurait...

 

C'est un effort à faire au quotidien, pour lutter contre tout un système d'automatismes que nous avons mis en place au fur et à mesure dans notre existence, et qui nous sont propres.

 

Ces automatismes nous éloignent de l'essentiel, nous regardons parfois sans voir, nous écoutons sans entendre, nous respirons sans sentir, nous mangeons sans goûter, nous touchons sans éprouver de sensations. Ou bien nous privilégions notre problématique en ne repérant que ce qui ne va pas, nous nous exprimons par des manques, nous nous éloignons du sens de notre existence qui est ce bonheur durable et profond qui ne dépend plus d'une circonstance, d'un évènement ou d'un moment de plaisir passager, mais du simple fait de pouvoir s'éprouver vivant à chaque instant et d'en avoir conscience.

La méthode nous propose donc toutes une succession d'actes qui vont nous permettre de nous expérimenter dans une découverte à nous-mêmes, en nous libérant progressivement des contraintes de nos chaînes, de nos jugements, de l'idée que l'on se fait de la personne que l'on voudrait être, ou qu'il faudrait être avec tout le poids de nos exigences et qui nous éloigne au fil du temps de l'être que nous sommes.

 

Le fait de pouvoir nous reconnaître comme des êtres uniques et différents des autres nous permet de nous sentir exister, et de pouvoir exister dans le monde.

 

Les méthodes sophrologiques sont proposées dans une alliance phénoménologique, c'est-à-dire où chacun apprend dans la rencontre, à se faire d'abord l'allié de son propre mouvement de vie et l'allié du mouvement de vie de l'autre, pour pouvoir se sentir exister et reconnu au-delà de nos différences, de nos a priori.

Car l'autre est toujours un inconnu pour chacun, quand nous sommes même parfois un inconnu pour nous-mêmes.

 

Et il ne s'agit pas non plus de vivre une illusion groupale, où « tout le monde est beau, tout le monde est gentil, tout le monde est pareil », ce qui ne nous permet pas non plus de nous accueillir dans notre particularité, notre spécificité.

 

Elle s'appuie donc sur un entraînement qui permet un processus d'intégration progressive des différents paramètres :

 

- le paramètre de « présentation

- le paramètre de « futurisation »

- le paramètre de « prétérisation »

- le paramètre de « totalisation »

- et les valeurs dont nous sommes porteurs.

 

Ce processus d'intégration progressive sera activé par :

 

une sophronisation de base, les yeux fermés, qui permet par un mouvement intentionnel de la conscience, de commencer à focaliser son attention sur sa présence et de mettre en réduction le monde extérieur.

des postures de la quotidienneté, debout ou assis.

 

des activations corporelles des différents systèmes ISOCAY qui sont l'activation de notre biologie, en respiration synchronique, « inspir, rétention, expir », pour s'entraîner à des variations de sensations qui permettent d'expérimenter de plus en plus facilement en s'appuyant sur la respiration, cette présence à nous même dans une réalité consciente, et qui vient progressivement modifier notre manière d'être présent à nous-même et au monde.

 

Un sophro-déplacement du négatif où l'on propose de focaliser son attention en conscience sur la respiration, on augmente l'amplitude de la respiration, et à chaque « expire » en même temps que nous chassons l'air, nous chassons toutes les tensions physiques ou mentales qui n'appartiennent pas à l'instant présent, en mettant par un mouvement intentionnel de la conscience, le reste de nos préoccupations dans l'inactualité.

 

Par exemple si vous êtes dans la lune, et que par un abaissement de votre niveau de vigilance, vous partez dans vos représentations mentales, vous n'êtes pas présent.

 

Et si tout à coup je tape dans mes mains, vous allez soudain concentrer votre attention sur ce qui se passe ici, vous avez bien posé un acte qui a permis à votre conscience de mettre dans l'inactualité vos préoccupations, vos pensées, de détourner votre attention de ce qui vous préoccupe pour revenir à une présence ici et maintenant.

C'est comme une lampe torche dont on se servirait pour décider d'éclairer :

 

soit cette épreuve de la vie que nous faisons de nous-même dans une réalité consciente,

 

soit nos préoccupations, nos représentations mentales, nos jugements.

 

Notre libre arbitre va pouvoir s'affiner au fur et à mesure de l'entraînement, ainsi que notre capacité à éclairer plutôt notre « souffrir » ou notre « jouir », car le négatif n'existe pas en sophrologie ; quelques soient les manifestations de notre existence, c'est toujours de la vie qui est en nous, dont il est question.

 

Il n'existe pas non plus une bonne façon de faire, car ce n'est pas le résultat de l'acte qui compte mais l'effort que l'on consent à faire pour vivre cette épreuve de la vie en soi en train de se manifester dans notre existence corporelle et dans une réalité consciente.

 

Elle permet :

 

* d'aider chacun à retrouver "une présence à son corps" plus satisfaisante, sans a priori et sans jugement, et en se faisant un peu plus confiance

 

* d'utiliser ses capacités sensorielles pour maintenir un lien de qualité à soi et au monde.

 

* d'apprendre ainsi à mieux se connaître, se sentir, s'éprouver avec un sentiment de « libre choix » sur ce qui a sens et valeur pour nous, dans nos actes présents, nos actes passés, afin de pouvoir intervenir plus dignement sur notre propre destin,

 

* et donc de pouvoir s'accompagner un peu autrement dans sa propre souffrance et celle de l'Autre.

 

Points clés :

Effort quotidien - Conversion du regard - Vivance - Processus d'intégration progressive - Sentiment de bonheur vital.


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  Paramètre de prétérisation et conscience cellulaire
  par le Dr Michel GUERRY


I) Remarques préalables : Mémoire cellulaire, corps de mémoire

 

L'approche phénoménologique de la conscience, doit prendre en compte ce que l'on appelle le « phénomène du « corps de mémoire ». Il faut cependant préciser que ce phénomène ne doit pas être confondu avec la « mémoire du corps ».

 

Il n’a rien à voir en particulier avec cette faculté intellectuelle que les psychologues désignent sous le nom de « mémoire ».

 

Cette dernière est la capacité intellectuelle à retrouver sous forme d'images ou de pensées, des faits ou évènements dont nous avons pu être les témoins et qui sont maintenant passés.

 

La « mémoire du corps » consiste alors pour chacun à se représenter son corps (image du corps) ou à prendre son corps comme thème de ses pensées.

Or ce dont nous parlons ici, sous le nom de « corps de mémoire » ou de « phénomène de prétérisation » est un phénomène d'une autre nature.

Il s'agit d'une manifestation de l'essence de la vie humaine. Et le propre de la vie humaine, sans lequel elle ne serait pas une vie humaine est d'être incarné dans un corps !

 

Si nous attirons l'attention sur cette évidence, c'est pour préciser que ce n'est pas la vie humaine en tant qu' « idéalité » qu'étudie la science biologique, qui nous intéressent ici. Mais le « phénomène de la vie » !

 

Le phénomène de la vie humaine, telle qu'en tant qu' « homo-sapiens », elle nous habite et nous anime et dont chacun peut éprouver en lui, plus ou moins consciemment, le sentiment de la présence.

Car les hommes n'ont pas attendu le développement des sciences de la nature pour mettre en jeu les potentialités dont cette vie est porteuse.

Ils n'ont pas attendu le développement des sciences biologiques et physiologiques pour s'éprouver vivants ; et même pour certains, pour « s'éprouver » vivants dans une réalité consciente (possibilités existentielle de la vivance phronique), et décrire ce phénomène ! (J'ai récemment assisté à une conférence où fut cité un texte de Maître Eckart, un philosophe scolastique du XV° siècle, qui en était une remarquable description).

 

Ils n'ont pas attendu les progrès des sciences modernes pour « éprouver » qu'ils sont habités par cette vie et avoir connaissance qu'ils en étaient dépositaires, ni pour savoir mettre en jeu les capacités qu'elle leur donne : Savoir ou pouvoir se mouvoir, sentir et constituer un monde de « perçus », de « souvenus », d'images ou de pensées.

(C'est même en utilisant ce savoir ou pouvoir de la vie humaine en eux, qu'ils ont pu créer les sciences biologiques).

Et le sentiment qui accompagne celui de cette connaissance du pouvoir ou du savoir originaire de la vie, est aussi un sentiment qui peut s'éprouver dans une réalité consciente,

 

parfois pendant un instant éphémère (instant Isocay),

parfois dans un moment plus long (moment Isocay.),

pendant toute une journée (journée Isocay),

Voir nous habiter de manière plus permanente (conscience phronique Isocay).

 

Mais cette épreuve de la vie originaire qui nous habite et nous anime et jaillit dans chacune de nos existences singulières d'être humain, se révèle à nous comme ayant une dimension à la fois immatérielle et intemporelle.

Immatérielle, parce que ce dont il s'agit n'est pas une « res extensa » une chose étendue, une chose qui a une matérialité. Ce sont des choses qui par essence son invisibles et dont nous ne pouvons voir que les manifestations : à savoir des sentiments, des représentations, des pensées.

Intemporelle, parce que cette épreuve de la vie en soi, ce « se sentir vivant » ne se vit pas comme une simple joie ou plaisir. Selon les psychanalystes, joie et plaisir sont procurés par la satisfaction d'un besoin immédiat. Un tel plaisir ou une telle joie n'est toujours que très éphémère et n'a rien à voir avec ce que nous évoquons ici.

 

Ce dont il s'agit en effet, est au contraire le sentiment de bonheur profond et durable, difficilement définissable, un sentiment innéfable de plénitude, d'harmonie.

A.Caycedo le désigne par « sentiment de bonheur vital » ou « d'intégration vitale » ; un sentiment qui correspond aussi à la première racine grecque SOS du mot sophrologie.

Ce sentiment s'accompagne pratiquement toujours du dévoilement du « phénomène de l'égoïté » ; c'est à dire pour chacun, le sentiment d'exister comme un être unique, différent des autres et de ce fait irremplaçable.

Ceci est lié précisément à ce « phénomène du corps de mémoire » ou « phénomène de préterisation », que nous savons aujourd'hui, depuis les années 60, être une mémoire cellulaire.

Cette mémoire cellulaire va intervenir comme un « paramètre » susceptible d'intervenir de manière plus ou moins prégnante dans notre manière d'être présent au monde et d'exister.

C'est pourquoi nous l'appelons le paramètre de prétérisation.

 

C'est à cette mémoire des savoirs et pouvoirs corporels du corps vivant, cette mémoire de la mise en jeu de la force de la vie incarnée en nous, pour nous constituer et constituer quelque chose comme un monde pour nous et pour constituer un espace ou un temps pour nous situer, à laquelle Caycedo propose de faire appel, pour tenter de lutter contre la maladie de masse que vit notre société moderne.

Ceci a toujours été sa grande idée. Il n'y aurait d'ailleurs pour s'en convaincre s'il en était besoin, qu'à relire sa déclaration de Récife de 1977).

 

Rappelons à ce propos quelques phrases parmi les plus importantes de cette déclaration prémonitoire qui, bien que datant de 27 ans ne semblent jamais avoir été autant d'actualité :

 

“ Le processus de désintégration que vit l'homme de notre temps, peut conduire à l'autodestruction de notre culture, si nous ne trouvons pas des solutions urgentes et adaptées. Les graves altérations dont souffre l'humanité peuvent être considérées comme une maladie de masse, dont les symptômes se manifestent dans tous les groupes humains, sans distinction de pays, de races ou de religions.

 

La cause de ce grave processus réside dans le fait que l'être humain de notre temps, manque de structures appropriées pour faire face à une réalité qu'il vit pour la première fois de son histoire, à savoir, la civilisation dite de consommation ou civilisation de masse. Celle-ci précipite l'individu dans un monde où son exclus tous ressentis, et altère ses valeurs au niveau biologique.

 

Devant ce phénomène de masse irréversible et de progression inévitable, l'unique solution réside dans la mobilisation des réserves génétiques qui subsistent dans les structures biologiques de l'homme. La science a démontré leur énorme potentiel et leur capacité à donner naissance à de nouvelles structures, dans lesquels peut exister la possibilité d'adaptation aux nouvelles circonstances ».

(Sa technique VIPHI - R.D.C. actualisation 2005 - n'est qu’une tentative pour rendre plus pertinente la méthode susceptible de nous entraîner à vivre consciemment la mobilisition de ces forces biologiques).

 

II) La cellule dans son essence est une « cellule de mémoire »

 

C'est là une découverte qui certes, n'est pas d'aujourd'hui ! Je me souviens en effet des fantasmes de la communauté scientifique, lors de la publication des travaux de Ungar !

 

Ce dernier faisait partie des physiologistes qui ont bénéficié des fonds débloqués par le gouvernement des U.S.A, pour la recherche dans le domaine du comportement, quand ce dernier a pris conscience du retard pris par les chercheurs américains par rapport à leurs homologues soviétiques, au cours des années 50. Le travail de ce scientifique portait sur l'instinct. Ce dernier soupçonnait ce dernier de n'être qu'une mémoire de certains comportements, qui se transmet génétiquement à des descendants.

Ungar travaille lui, sur des rats ! Parmi les comportements instinctifs de ceux-ci, il remarque que spontanément, lorsqu'ils en ont la possibilité, les rats ont tendance à fuir les zones exposées à la lumière. Comme s'ils avaient "peur du jour", ils fuient généralement vers les endroits les plus obscurs.

Ungar monte alors une expérience de conditionnement. Il met des rats dans une immense cage divisée en deux parties :

 

D'une part une partie obscure : Dans le sol de celle-ci, un dispositif permet d'envoyer des décharges électriques dans les pattes des rats qui s'y aventurent.

 

 

De l'autre une partie éclairée : Un autre dispositif permet d 'y faire tomber une boulette de nourriture, chaque fois qu'un rat fuyant les décharges électriques de la partie obscure, s'y rend.

 

Banal travail de conditionnement ! Au bout d'un certain temps, les rats fuient la zone obscure ! Ils ont acquit la "peur du noir" et ont perdu leur comportement spontané et instinctif de "peur du jour".

Mais Ungar n'arrête pas là ses travaux. ! Prenant des rats qui ont ainsi été conditionnés à la "peur du noir", il veut savoir :

 

D'une part si le comportement ainsi obtenu par conditionnement, est comme le comportement instinctif, transmissible à d'autres individus ?

 

D'autre part, quel est le support organique éventuellement concerné, tant par le comportement instinctif que par le comportement ainsi obtenu par conditionnement ?

 

C'est pourquoi, il prend des rats qu'il a ainsi conditionnés à la "peur du noir", et après les avoir tué, il en fait un broyat.

Il injecte ensuite ce dernier à des rats naïfs, c'est à dire qui n'ont pas subi le conditionnement et qui spontanément vont vers le noir. Ceux ci se mettent alors à avoir "peur du noir".

 

Par centrifugation, puis sédimentation, il obtient ensuite différentes couches de densités différentes de ce broyat

Il constate alors, qu'une injection d'une certaine quantité de la substance d'une de ces couches sédimentées à des rats naïfs, s'avère être capable de transmettre à ceux-ci cette "peur du noir".

 

Par des méthodes de cracking, Ungar parvient ensuite à casser les grandes chaînes protéiniques qui constituent la substance de cette couche sédimentée susceptible de transmettre la peur du noir.

Il obtient ainsi une chaîne de sept acides aminés qui, qu'elle provienne de rat ou d'autres espèces animales, transmet la peur du noir à des rats qui n'ont jamais subi le conditionnement.

 

Ceci permet alors à Ungar de conclure :

 

Qu'un comportement, comme celui de la « peur du noir » peut être mémorisé dans des chaînes courtes d'acides aminés de protéines animales.

Que ce comportement mémorisé dans les protéines des cellules, peut être transmis à d'autres animaux. (Il en est donc de ces comportements appris, comme des comportements instinctifs, mémorisés dans les cellules germinales.)

Notons bien, c'est très important, que ce qui est mémorisé dans les protéines des cellules, est une manière d'être au monde, un savoir se comporter dans certaines situations.

 

Ce savoir une fois acquis et mémorisé, n'appartient pas plus au passé que les manières instinctives de se comporter de l'individu.

Ce sont là des savoirs ou pouvoirs « être » qui sont actuels, qui interviennent dans la manière d'être présent au monde, mais qui sont indépendants des évènements passés dont ces rats ont pu être les témoins.

 

Les rats, à qui la peur du noir a été transmise par injection, ne peuvent en effet se souvenir de la décharge électrique reçue dans les pattes, lors de leur venue dans la partie noire du dispositif, puisqu'ils n'en ont pas vécu l'expérience, puisque cette dernière n'appartient pas à leur passé.

 

III) Le délire des médias

 

Lors des premières publications concernant ces expériences et leurs résultats dans les revues médicales, j'étais jeune étudiant en Médecine. Je me souviens encore de l'émotion que ces découvertes devaient provoquer, tant dans les facultés que dans la presse spécialisée.

Elles ont même alimentées des délires fantasmatiques. On pouvait lire des phrases de ce type :

 

« Il faut que le gouvernement cesse de gaspiller de l'argent à former des professeurs ou à construire des lycées, dont nous allons ne plus avoir besoin.

 

En effet si nous voulons avoir des enfants qui parlent l'anglais couramment, il suffira de leur injecter les protéines d'un excellent anglophone.

Si nous souhaitons qu'il connaisse les mathématiques, il suffira de lui injecter les cellules d'un grand mathématicien etc.

 

Cela demandera une minute et nous n'aurons plus besoin de leur faire suivre des cours pendant des années et nous ferons d'énormes économies de temps et d'argent, etc. »

 

Au-delà de ces fantasmes, ces expériences ont permis de faire des progrès considérables dans la compréhension de la pathologie humaine, notamment concernant les amnésies et hypermnésies humaines.

 

IV) Amnésie et hypermnésie

 

a) Le phénomène d'amnésie

 

C'est ainsi que ces conclusions ont permis d'expliquer les phénomènes d'amnésies à court terme, alors que persiste une mémoire à long terme.

Il en est souvent ainsi lors des traumatismes crâniens : Le sujet a oublié ce qui s'est passé dans les heures qui précèdent le traumatisme (amnésie à court terme). Il n'a par contre pas perdu la mémoire à long terme. C'est ainsi qu'il peut reconstituer des évènements datant de plusieurs années.

 

Il en est de même chez les vieillards qui ne se souviennent plus où ils ont mis les lunettes dont ils se sont servis cinq minutes avant ou pourquoi ils ont changé de pièce. Par contre, ils peuvent vous décrire dans les moindres détails des évènements de leur enfance.

 

Dans le premier cas, le traumatisme cérébral a déconnecté les neurones. Les potentiels d'action qui circulaient dans ceux-ci pour constituer les images souvenues d'évènements récents ont été interrompus.

Ces images souvenues, soit ne pourront jamais être constituées, soit ne pourront être constituées que partiellement. Par contre, la mémoire de ce qu'ils ont fait pour constituer et reconstituer des

« images souvenues », d'évènements anciens, a été déjà répété maintes et maintes fois.

 

Ces « faire » sont maintenant inscrits dans toutes les cellules de leur corps. Ils peuvent donc les « refaire » et reconstituer facilement ces images.

 

Il en est de même chez les vieillards chez qui les neurones cérébraux sont mal vascularisés du fait d'une athérosclérose des artères irrigant le cerveau : Ils ont du mal a constitué les images souvenues d'évènements récents. En effet, les potentiels d'action ne circulent pas bien dans les neurones mal vacularisés du cerveau.

Par contre ce qu'ils ont fait et répétés au cours de nombreuses années, pour constituer telle ou telle image souvenue, est à jamais inscrit dans les protéines des cellules de tout leur corps. Ils peuvent donc le refaire.

 

b) Le phénomène d'hypermnésie

 

Il consiste en une activation dans certaines conditions de la mémoire à long terme.

 

Ainsi, lors d'une trépanation au cours de laquelle ont été posées des électrodes stimulatrices qui permettent de stimuler une zone cérébrale (par exemple la zone acoustique) peuvent se produire des phénomènes qui au premier abord peuvent sembler étranges : Le sujet peut entendre par exemple des mélodies ou des airs connus de lui pour les avoir déjà entendu dans sa très petite enfance ; et ceci avec la même intensité que s'ils étaient réellement joués actuellement.

 

Ces images acoustiques se donnent à lui avec l'aspect d'une présence réelle. Il manque cette conscience du « comme si », qui caractérise la manière de se donner à la conscience d'une image quelconque et qui nous permet de la distinguer d'un présence réelle.

En l'absence d'une telle conscience du « comme si », en effet, le sujet vit une confusion entre une présence réelle et ses images mentales. C'est ce qui nous permet de parler véritablement d'« hallucinations sensorielles ».

Dans cette expérience, le morceau de musique « entendu » par le sujet de l'expérience n'est en effet pas réel !

Les sons réellement émis et entendus, qui le composent, ont disparu ! Ils sont maintenant enfouis dans un passé à jamais révolu ! Il n'en reste même pas, la moindre petite trace quelque part ni dans un coin du cerveau, ni d'ailleurs nulle part !

 

Que se passe-t-il alors dans ce phénomène d'hypermnésie ?

 

En réalité, sous l'effet des stimulations par les potentiels d'action envoyés par les électrodes stimulatrices, tout ce que le corps, qui n'a gardé la mémoire d'aucune image mentale, d'aucune perception du monde, retrouve le cheminement qu'il a emprunté pour constituer ces perceptions de sons.

Ces actions corporelles sont mémorisées dans les acides aminés des protéines de toutes ses cellules.

 

Le corps sait refaire ce qu'il a fait.

 

Il sait retrouver le cheminement qu'il a emprunté à ce moment là pour constituer ces sons ; il sait ré-accomplir les actes d'audition qu'il a accomplit pour les constituer.

 

Cette reconstitution lui sera d'ailleurs d'autant plus facile qu'il l’aura fait d'une manière répétitive, d'une manière plus proche dans le temps ou en le vivant, d'une manière plus intense affectivement.

 

Et ceci ne passe par aucune image du passé, par aucune pensée. Ce savoir est comme l'instinct, un savoir être, une manière habituelle et spontanée de vivre son existence.

Ceci n'est pas plus étonnant d'ailleurs que d'autres phénomènes !

Nous prendrons simplement trois autres situations bien connues de cette hypermnésie de la vie du Moi corporelle ou cellulaire.

 

L'immunité

 

Lorsque les cellules ont fabriqué des anticorps susceptibles de neutraliser certains antigènes, elles savent le refaire. Ceci d'autant plus facilement qu'elles l'ont fait souvent ou d'une manière plus proche dans le temps.

Elles le refont alors suffisamment vite pour que la maladie, si le sujet rencontre les mêmes antigènes, n'ait plus le temps de se développer.

C'est ce qu'on appelle le phénomène de l'immunité.

 

Les membres- fantômes

 

Ce phénomène permet d'expliquer aussi d'autres pathologies étonnantes si l'on se place seulement d'un point de vue de la pure physiologie.

 

Par exemple, le corps peut reconstituer la perception telle qu'il l'avait constituée dans une situation émotionnelle intense au niveau d'un membre supérieur qui a été amputé et qui n'existe donc plus depuis longtemps. (membres - fantômes).

 

Dans les acides aminés de toutes les cellules de ce corps humain, cette potentialité inscrite dans la biologie de tous les petits de l'Homme, de vivre son existence sur le mode du souffrir dans cette localisation particulière de son membre supérieur, s'est transformée en capacité.

Comment ? En l'exerçant ! Car le propre d'une capacité c'est de se constituer en s'exerçant ! Une capacité qui ne peut jamais s'exercer n'est pas une capacité, mais bien plutôt une incapacité.

 

Mais une capacité, dès qu'elle a pu s'exercer, est inscrite dans toutes nos cellules, non pas comme quelque chose qui appartient au passé. Elle est bien au contraire inscrite comme une capacité actuelle, un savoir être au monde, une manière de vivre son existence constitutive pour chacun du Moi qu'il est.

 

Ainsi, cette douleur du membre-fantôme, est une manière souffrante que, en tant que chair vivante et impressionnelle, ce Moi corporel peut vivre ; une manière qui n'a rien à voir avec le corps ontique objectif ou le corps idéal, qu'étudient les médecins.

 

La névrose d'angoisse

 

Appartient aussi à la mémoire cellulaire, cette modalité particulière de retrouver le cheminement que le corps a emprunté pour constituer ou reconstituer des images fantasmatiques angoissantes.

Plus cette constitution d'images fantasmatiques se sera faite de manière répétitive ou angoissante, plus elle deviendra une modalité habituelle.

 

Plus elle sera habituelle, plus elle sera la modalité dont le corps va trouver le plus facilement le chemin pour constituer son monde de représentation.

 

Ainsi s'établit le cercle vicieux de la névrose d'angoisse.

 

V) Nous pouvons maintenant décrire certaines lois concernant notre manière d'être au monde et de vivre notre existence.

 

 

Ce que le corps a fait, il peut le refaire ! Et il peut le refaire d'autant plus facilement et rapidement qu'il l'aura fait de manière plus répétitive, qu'il l'aura fait de manière plus proche dans le temps, ou en le vivant d'une manière plus intense sur le plan affectif et émotionnel !

 

Lorsque ces conditions sont remplies, ces manières de faire constituent un ensemble d'habitudes, qui n'a plus rien à voir avec les situations mondaines, les faits ou évènements du monde dont nous avons pu être les témoins. Ceux-ci n'existent plus. Ils constituent notre histoire ; une histoire qui appartient maintenant à un passé à jamais révolu.

 

Cet ensemble d'habitudes ou « habitus », est un savoir être présent au monde, un savoir une manière de vivre notre existence qui elle, n'appartient pas au passé.

 

Cet habitus appartient au contraire à un présent bien actuel !

Il constitue pour chacun d'entre nous l'originalité de ce Moi unique que nous sommes, différents des autres et de ce fait irremplaçable.

 

Il constitue notre historialité

 

VI) Le paramètre de prétérisation

Tout d'abord, que faut-il entendre par le mot paramètre ? : Un paramètre est dans une expérience, un élément variable dont les variations sont susceptibles de modifier le ou les résultats de celles-ci

 

En sophrologie, la seule expérience qui nous intéresse, concerne notre manière très personnelle, d'être présent au monde et de vivre notre existence.

Celle-ci dépend précisément des trois paramètres de la temporalité :

 

- Le paramètre de présentation

- Le paramètre de futurisation

- Et le paramètre de prétérisation

 

Ces trois paramètres constituent la tridimensionnalité temporelle unitaire de la conscience sophronique.

Lorsqu'ils varient, notamment, lorsque au cours de l'entraînement par la Méthode Caycedo nous les activons, nous pouvons découvrir que nous pouvons, si nous le voulons, modifier notre manière d'être au monde et de vivre notre existence.

 

Nous ne reviendrons pas sur l'activation du « paramètre de présentation » et de « conversion du regard », qui sont relativement facile à saisir.

 

En ce qui concerne l'activation du « paramètre de futurisation », nous y avons consacré dans le numéro 28 de ce même « Bulletin des sophrologues » un long article auquel les lecteurs qui le souhaitent peuvent se référer.

Nous nous contenterons donc ici de rappeller que : « L'être se tient toujours au-devant de soi » (Heidegger in : « Etre et temps »)

 

En effet, ce ne sont ni l'être que nous avons été, ni l'être que nous sommes qui constituent le plus souvent notre souci.

 

Ce ne sont pas eux qui interviennent sur l'ambiance intérieure dans laquelle nous nous tenons, qui nous habite, dans laquelle nous demeurons et avec laquelle nous sommes à chaque instant du présent, en train de vivre notre existence préoccupée !

 

C'est bien plutôt ce qui va advenir de nous. Nous vivons notre existence en agissant toujours en vue d'intervenir sur ce qu'il va advenir de nous, de modifier le cours de notre existence, pour la vivre d'une manière qui nous paraît préférable, donnant ainsi à nos actions un sens et une valeur qui déterminent notre sentiment de la situation, notre manière d'être présent au monde.

C'est parce que ce sens et cette valeur de nos actions en vue de l'advenir de l'être vient modifier avec plus ou moins de prégnance la manière dont il vit son existence, qu'on le désigne en sophrologie sous le terme de paramètre de futurisation.

 

Notre manière d'être au monde pourra ainsi se vivre différemment :

 

Suivant que nous avons le sentiment de pouvoir utiliser les forces de la vie et les capacités ou possibilités qu'elle nous offre pour intervenir sur notre destin.

 

Ou si au contraire, il nous semble que nous ne pouvons rien faire pour le changer.

 

Dans le premier cas, nous aurons le sentiment d'exister vraiment ! Dans le deuxième, le sentiment que nous ne pouvons rien faire pour modifier notre existence nous fera vivre celle-ci comme menaçante et angoissante.

C'est pourquoi cette liberté d'agir en fonction de ce qui a sens et valeur pour nous, est l'essence de l'existence.

C'est elle en effet qui nous permet de nos vivre comme des êtres responsables et fait toute notre dignité d'être humain !

 

 

L'activation du paramètre de prétérisation, comme moyen pour chacun de transformation de sa manière d'être au monde et de vivre son existence.

 

La manière habituelle que nous avons d'être présent au monde, de vivre notre existence et de constituer un monde de perceptions, un monde d'images, un monde de pensées, dépend de ces habitudes inscrites dans les acides aminés des protéines de toutes nos cellules.

 

Dès lors, ses manières de faire deviennent de véritables habitudes corporelles.

Et cet ensemble d'habitudes corporelles, cet habitus, est propre à chacun d'entre nous.

Il ne tient, pas à notre histoire, c'est à dire aux faits ou évènements dont nous avons pu être les témoins. Il est cette manière d'être très personnelle, ce « savoir être » de chacun et à chaque instant, le « Moi » unique que nous sommes.

 

Il s'agit d'un savoir et pouvoir faire, d'un savoir et pouvoir constituer notre monde de sensations, de perceptions, d'images, de représentations, de pensées, et bien d'autres choses encore (Comme fabriquer des anticorps et s'immuniser).

 

Et ce savoir et pouvoir est un savoir et pouvoir de la vie charnelle du « sujet », du « Moi corporel », du Moi phronique que nous sommes chacun ; Il est son historialité ; une historialité qui n'appartient pas au passé, mais bien au présent.

 

Cette historialité appartient d'ailleurs tellement au présent, elle est d'ailleurs toujours tellement actuelle, qu'elle intervient sans cesse sur notre manière d'être au monde et de vivre notre existence. D'où son nom de « paramètre de prétérisation ».

 

C'est pourquoi pour échapper à cette manière habituelle d'être présent au monde et de vivre notre existence (qui constitue la possibilité exsistentielle de la conscience ordinaire), nous transformer, c'est-à-dire conquérir d'autres manières d'être présent au monde et de vivre notre existence, de longs et laborieux efforts sont nécessaires.

Une véritable transformation ne peut d'ailleurs se produire que progressivement.

Elle implique que nous fassions l'expérience de vivre d'une manière différente de celle que nous savons, par habitude, facilement faire.

 

Elle exige que nous mettions entre parenthèses ces manières habituelles de vivre, que nous pratiquions une « conversion du regard » pour nous en détourner, pour les mettre entre parenthèses. C'est là l'aspect « déconstruction » de la réduction phénoménologique vivantielle que propose la Méthode Caycedo.

 

Seule une telle déconstruction peut nous permettre de nous transformer ! Encore faut-il pour cela que nous fassions l'effort laborieux, pour contrairement à notre habitude, porter notre attention sur une manière d'être présent au monde différente, et découvrir des manières nouvelles d'exister.

 

Des manières nouvelles d'exister, débarrassés de nos jugement habituels, des manières de raisonner et de constituer notre monde de pensées ou ce monde de représentations fantasmatiques dans lequel certains d'entre nous, baignent parfois depuis leur plus tendre enfance, c'est à dire différentes de celles avec lesquelles nous avons l'habitude.

 

L'idée géniale de Caycedo a été de faire revivre dans une réalité consciente dans une sorte d' « hypermnésie sophronique » ou « sophro-mnésie », ce cheminement toujours vivant, présent et actuel, que le corps sait emprunter pour exercer les capacités que la vie qui l'habite, lui donne.

 

Même si ces capacités n'ont été utilisées ne serait-ce qu'une fois, il sait les exercer.

Nous pouvons, même si c'est difficile parce que nous n'en avons pas vraiment l'habitude, reproduire ce cheminement et les exercer à nouveau.

Si les cellules s'activent, ce savoir être peut s'exercer à nouveau dans une réalité consciente. Et plus nous l'utiliseront souvent consciemment, plus mettre en jeu ces capacités deviendra alors facile !

 

Nous retrouverons alors de plus en plus facilement ces manières nouvelles de constituer ou reconstituer notre monde.

Cette manière nouvelle de vivre notre existence en exerçant ces capacités, viendra alors se substituer peu à peu à celle de la conscience naturelle ! (Activation du paramètre de prétérisation).

Nous ne pourrons bientôt plus douter que nous pouvons vivre notre existence en les exerçant. Les « vivre » ainsi deviendra un paramètre actif sur notre manière d'être.

 

En particulier, les efforts à faire pour intervenir sur ce que nous allons devenir, dans un sens préférable pour nous, seront accomplis avec un sens et une valeur, différentes.

 

Au sentiment de fatalité : « A quoi bon, faire des efforts» puisque mon existence est ce qu'elle est et ne peut pas être autrement » pourra se substituer celui de pouvoir choisir celle qui me convient le mieux, du fait de ces capacités vécues réellement dans l'expérience.

De la possibilité de ce choix vécu dans une réalité consciente, pourra naître alors le sentiment de confiance dans les forces et capacités de la vie en nous, le sentiment de pouvoir exister en être libre et responsable, le sentiment d'espérance (Activation du paramètre de futurisation).

 

Nous verrons dans un prochain article consacré à la nouvelle technique VI-PHI d'entraînement (actualisation 2005), comment celle-ci est particulièrement apte à activer ces paramètres de prétérisation et de futurisation et à nous permettre de mettre en jeu ce processus herméneutique de transformation progressive.


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  Le paramètre de futurisation et son activation
  par le Dr Michel GUERRY


Au cours de son 2nd degré, la Méthode Caycedo nous propose de nous entraîner à vivre dans une réalité consciente une découverte : Celle de l’activation du paramètre de futurisation !

 

Il est évident cependant, que c’est au sophrologue d’indiquer à ses clients, par son dialogue pré-sophronique d’abord, puis par son terpnos logos ensuite, ce qu’ils ont à faire pour pouvoir vivre cette expérience.

 

Si par exemple il veut leur proposer cette activation en utilisant la technique-clé de «futurisation libre», ce dialogue pré-sophronique devra donc préciser :

 

D’une part, ce que peut être un «paramètre» susceptible d’intervenir dans notre manière de vivre notre existence, et plus particulièrement celui de «futurisation».

 

D’autre part, qu’il s’agit de vivre consciemment l’expérience réelle de son activation et non pas de l’imaginer.

 

Ensuite, en quoi consiste cette activation et comment la méthode peut permettre de s’entraîner à la pratiquer de plus en plus facilement !

 

Enfin, l’intérêt d’une pratique répétitive de cette activation, à travers par exemple, une technique comme cette technique-clé du 2nd degré, qu’est la technique dite de «futurisation libre».

 

Ce sont ces quatre points que je voudrais essayer aujourd’hui d’expliciter ici.

 

Précisons cependant que ce travail fait, le sophrologue doit encore, avant de commencer à proposer cette technique-clé avec son «terpnos logos», s’assurer auprès de chaque membre du groupe :

 

Que celui-ci a bien compris ce qui vient de lui être expliqué et ce qu’il aura à faire pendant cette séance.

 

Qu’il en a saisi l’intérêt pour lui ! (En effet, nous ne faisons bien les choses que lorsque nous sentons bien l’intérêt que nous avons à les faire.)

 

Qu’il est d’accord pour essayer de le faire du mieux qu’il pourra !

 

Il s’agit en effet de fixer, en connaissance de cause et de manière librement consentie, les règles contractuelles que chacun s’engage à respecter pendant la séance.

 

Ces explications sont en outre indispensables. Sans elles, les personnes ne pourraient pas continuer à s’entraîner à cette technique-clé en dehors de la présence du sophrologue.

 

1) Les «paramètres» susceptibles d’intervenir dans notre manière de vivre notre existence et plus particulièrement celui de «futurisation» .

 

a) Tout d’abord qu’est-ce que des «paramètres» ?

 

Ce sont les différents facteurs qui peuvent entrer en compte et influencer le résultat d’une expérience en cours.

 

Pour qu’une expérience ait une validité scientifique, il faut qu’elle soit reproductible. Et pour qu’elle soit reproductible, il faut que les différents éléments ou paramètres susceptibles de jouer un rôle dans les résultats soient les mêmes.

 

Or, pour ce qui est de notre manière d’être présent au monde et de vivre notre existence, trois paramètres sont susceptibles d’intervenir. Ce sont :

 

- Le paramètre de présentation

- Le paramètre de prétérisation

- Et le paramètre de futurisation

 

L’importance de cette influence peut varier plus ou moins, suivant que ces paramètres sont plus ou moins « activés».

 

Occupons-nous dans ce qui va suivre, du paramètre de futurisation et des manières de l’activer ! Nous parlerons de celles d’activer les deux autres dans de prochains articles.

 

b) Le paramètre de futurisation

 

C'est de loin le plus important des trois ! C’est lui qui influence et modifie le plus notre manière de vivre notre existence.

En effet, ce ne sont ni ce que nous avons été ni ce que nous sommes, qui constituent le plus souvent notre souci. Ce ne sont pas eux qui interviennent sur l’ambiance intérieure dans laquelle nous nous tenons ! Ce ne sont pas eux, qui le plus souvent déterminent l’humeur qui nous habite, l’état d’âme dans lequel nous demeurons et avec lequel nous sommes à chaque instant du présent, en train de vivre notre existence préoccupée ! C’est bien plutôt ce qu’il va advenir de nous !

C’est d’ailleurs ce qui faisait dire à Heidegger que «l’être se tient toujours au-devant de soi».

 

Nous accordons à nos actions une valeur variable ! Cette dernière est d’autant plus grande, que ces actions nous semblent susceptibles de nous permettre d’intervenir sur notre propre destin.

Elle est d’autant plus importante, que ces actions nous paraissent pouvoir nous aider à vivre notre existence et à être présent au monde, suivant des modalités qui nous paraissent préférables et que nous aimons!

 

Notons bien que ce sens et cette valeur n’appartiennent pas au futur mais au présent.

Ce sont le sens et la valeur que nous accordons maintenant à ces actions, pour agir maintenant sur ce qu’il va advenir de nous, qui constituent l’élément variable qui vient influencer notre sentiment actuel de la situation. Ce sont eux qui viennent influencer et déterminer notre manière actuelle d’être présent au monde, de vivre notre existence.

 

Il est bien évident que cette manière d’être présent au monde et de vivre notre existence n’est pas la même :

 

Lorsque nous éprouvons le sentiment d’avoir les capacités réelles d’agir d’une manière susceptible de modifier notre propre destin,

 

Ou lorsque, au contraire, nous doutons de nos capacités. Nous avons alors l’impression que nos actions ne peuvent en rien changer notre destin et d’être de manière irrémédiable, déterminés par celui-ci.

 

Dans le premier cas, nous avons le sentiment que l’effort que nous demande cette action est utile et important. Nous pouvons alors l’accomplir en nous sentant des êtres libres et responsables et donc en érpouvant notre dignité d’être humain ! Dans le second, nous avons le sentiment que tous nos efforts sont désespérément vains et de ne pas exister vraiment ! Le pire pour chacun d’entre nous, n’est-il pas en effet d’éprouver vraiment que quel que soit ce qu’il va faire, cela ne peut rien changer pour lui ?

 

Le «paramètre de futurisation» est donc le sens et la valeur que nous accordons maintenant, au moment même où nous les accomplissons, à ces actions effectuées en vue de pouvoir être présent au monde et de vivre notre existence autrement.

 

C’est de la manière dont maintenant nous «faisons phénomène»1 réellement avec ces actions, de la manière dont nous les «phénoménalisons»2 actuellement, dont il s’agit, lorsque nous parlons de ce paramètre.

 

Remarquons bien :

 

a) Que la plupart des mots qui se terminent par «ion» désigne une action qui est en train d’être accomplie en vue de… C’est ainsi qu’une «apparition» est l’action effectuée pour «apparaître», une «punition», l’action effectuée en vue de punir, une «soustraction», l’action que l’on effectue pour soustraire, une «révélation», une action accomplie en vue de «révéler», etc…

 

De même une «futurisation» ne désigne pas un futur imaginé. Elle est une manière d’agir actuelle, qui donne à notre action un sens et une valeur bien précise : Celle de mettre en jeu des capacités que nous savons réellement, en vue d’intervenir sur ce qu’il va advenir de nous.

 

b) Observons enfin un point particulièrement important : Cette action concerne la réalité de la vie et ce qu’il va advenir de nous, c’est à dire de notre manière très personnelle d’être présent au monde et de vivre notre existence. Elle ne concerne en aucune façon des situations, des événements, des faits, qui appartiennent à la réalité du monde, dont nous avons été, sommes ou pouvons imaginer que nous serons les témoins.

 

2) Il s’agit donc de vivre l’expérience réelle de cette activation du paramètre de futurisation et non pas de l’imaginer.

 

En effet, en l’absence d’une telle précision, de graves distorsions peuvent être introduites dans la méthode. Notamment celle qui consiste à croire activer ce paramètre et ne vivre qu’une illusion.

Ce n’est pas le désir d’activer ce paramètre qui manque ! Mais au lieu de l’activer dans une expérience réelle, on le fait par l’imagination ! Cette activation n’a donc pas plus de réalité que celle de nos fantasmes ! Comme si une représentation mentale ou une action réelle avaient des effets identiques !

 

C’est certes là une idée très répandue ! Mais qui pourrait sérieusement croire, qu’imaginer ou se représenter sautant par la fenêtre du 6éme étage, aura les mêmes effets que de le faire réellement ?

 

Tout aussi ridicule est l’assertion un peu du même ordre, selon laquelle lorsqu’on pense ou imagine très fort un fait ou un événement, celui-ci se produit !

 

Heureusement, il n'en est pas ainsi ! Sinon je n’oserais plus jamais prendre un avion ! Comment pourrais-je en effet être assuré que personne n’aura imaginé très fort qu’il va se crascher et que du coup, cela ne va pas se produire !

 

Un chien peut mordre, mais le mot «chien» ou «l’image du chien» ne mordent pas, a t’on coutume de dire, pour bien montrer qu’il ne faut pas les confondre.

 

Nous savons, il est vrai, que certains continuent à répandre ces idées, toutes droites issues de la pensée magique et des fantasmagories du moyen-âge. On les voit écrites dans leurs livres ou enseignées dans certaines écoles. Celles-ci heureusement commencent à être de moins en moins nombreuses ! Ce n’est bien sûr pas une raison, alors que l’indigence de telles pensées est évidente, pour les faire nôtres.

 

Cessons donc de nous intéresser à des pratiques dont le ridicule ne résiste pas à un examen effectué avec un minimum de bon sens, et qui surtout ne nous permettent pas de vivre dans une expérience réelle, l’activation du paramètre de futurisation.

 

On ne répétera jamais assez que la sophrologie ne propose pas d’agir sur les événements, au moyen de l’imaginaire ou de la pensée ! Elle ne propose à personne, la découverte et la conquête d’une autre forme d’existence, qui n’aurait pas plus de réalité qu’une représentation, une image mentale, un fantasme ou une quelconque idéalité ! Elle n’est pas une démarche intellectuelle !

 

Elle est une méthode conçue pour nous aider à la découverte progressive, dans une expérience réelle et consciente, de la manière dont la vie peut se vivre et s’éprouver dans notre existence.

 

C’est parce que cette expérience est,

 

Celle très réelle de l’épreuve que nous faisons dans une réalité consciente, de la vie qui est en nous (vivance phronique), avec toutes les potentialités dont elle est porteuse.

 

Celle très réelle des capacités qu’elles nous donnent, dont nous ne pouvons douter de la réalité pour les avoir expérimentées réellement et sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, qu'elle nous permet de découvrir et de conquérir réellement (et non pas seulement d’imaginer ou de nous représenter), une autre forme d’existence.

 

 

«C’est la vivance et la vivance seule qui vécue dans une réalité consciente transforme». C’est ce que ne cesse de nous répéter à juste titre Caycedo. Le bon sens nous commande de lui faire confiance !

 

 

3) En quoi consiste cette activation du paramètre de futurisation ?

 

Activer le paramètre de futurisation, ne consiste donc pas à activer nos fantasmes par rapport à des faits ou évènements que nous supposons devoir se produire un jour. Cela ne consiste pas à imaginer ceux dont nous pourrions un jour être les témoins. Cela ne consiste pas non plus à nous laisser mobiliser par les affects (agréables ou pas, car tel n’est pas le problème) qu’ils pourraient engendrer en nous.

 

Activer ce paramètre de futurisation, consiste à activer

la présence dans une réalité consciente des forces de la vie qui est en nous,

avec les potentialités dont elle est porteuse,

et les capacités et le pouvoir qu’elle nous donne (Et que nous savons avoir pour les avoir expérimenter réellement).

 

Elle consiste à commencer dès maintenant, à s’appuyer sur ces capacités pour agir librement, en vue de modifier notre manière d’être présent au monde et par conséquent de vivre notre existence.

 

4) Comment la technique-clé de futurisation libre, peut-elle permettre de la réaliser et de s’entraîner à la pratiquer de plus en plus facilement ?

 

Il faut pour cela d’abord pratiquer réellement, maintenant (et non dans un futur imaginé) une première réduction phénoménologique.

 

Celle-ci est une «conversion du regard» ! Elle nécessite de la part de chacun, de se détourner de…,dé-présenter (Rejeter dans l’inactualité, mettre momentanément entre parenthèses), ses images fantasmatiques (Aussi bien celles concernant ses représentations imaginaires d’un futur supposé que les images souvenues d’un passé à jamais révolu.

Nous pouvons pour cela commencer par :

 

a) Une sophronisation de base vivantielle

 

Celle-ci, en nous faisant concentrer notre attention sur l’expérience réelle de notre forme3 en train de se dévoiler à la lumière de la conscience, nous oblige déjà en même temps, à rejeter dans l’inactualité, à éliminer du champ de celle-ci, ce monde de représentations fantasmatiques.

C’est l’aspect «déconstruction» ou «interdit» de la réduction phénoménologique, qui peut déjà se vivre ainsi dans une réalité consciente.

Pour nous faciliter la vivance phronique de cette expérience réelle de déconstruction de notre monde imaginaire, la technique nous propose des activations intra-sophroniques suivant la séquence IRTER.

 

Ces dernières ont pour effet d’attirer notre attention sur la vie ainsi activée, en train de se manifester et de se vivre dans sa dimension corporelle et donc de la détourner, sans nous demander pour cela beaucoup d’efforts, de nos pensées rationnelles, de nos jugements à- prioriques et de ce monde d’images fantasmatiques.

 

b) Une sophro-contemplation phronique externe

 

Celle-ci vient ensuite compléter et achever ce temps de déconstruction.

 

Pratiquée individuellement pour chacun des cinq systèmes Isocay d’abord, puis pour les cinq ensembles, c’est à dire pour tout le corps, cette technique nous permet de vivre «la simple constatation» de la présence de la vie dans nos cinq systèmes.

 

«Simple constatation» veut dire, constater la présence de la vie en soi avec un regard nouveau (Un regard de la première fois !)

 

Ce regard nouveau est le regard de celui qui, débarrassé de toutes ses représentations fantasmatiques, de ses images souvenues, de ses idées aprioriques, peut vivre simplement la constatation dans une réalité consciente, de ce qui est une «co-présence».

- «Moi sujet, je suis là bien présent en tant que corps sujet».

 

- «La vie est là bien présente en train de se manifester dans tous mes systèmes».

 

- «Je vis cette simple co-présence (contemplation phronique externe)».

c) La sophro-contemplation phronique interne

 

Ce regard nouveau, n’est plus un regard voilé ! Il va maintenant permettre de vivre un peu autrement cette présence de la vie en soi. Il va permettre de l’éprouver avec toutes les potentialités dont elle est porteuse.

 

C’est lui qui va rendre possible, que le sentiment d’une ou plusieurs capacités, émerge à la conscience - des capacités, non pas imaginées, mais que je sais au contraire précisément, pour les avoir réellement exercées, être bien réelles-.

 

«Je peux maintenant…! » C‘est là, la phase de reconstruction de l’époché qui commence.

 

d) Activation proprement dite du paramètre de futurisation

 

Il s’agit maintenant, en m’appuyant sur ces capacités réelles, de commencer à agir en vue d’intervenir sur mon propre destin et vivre autrement mon existence.

 

Comme on le voit, l’activation du paramètre de futurisation consiste à décider de commencer à me mettre en jeu dans une action réelle, dont le terme n’est certes pas encore atteint mais est néanmoins prévu dans une réalité

 

 

Il s’agit de donner ainsi un sens et une valeur à l’effort que je décide de faire pour réaliser cette action (de «phénoménaliser» cet effort).

e) Sophro-activation de la vivance phronique et de la vivance isocay

 

Pour que cette «activation du paramètre de futurisation» soit bien réelle, il faut maintenant faire émerger les potentialités dont la vie humaine est porteuse et qui même si elles sont encore muettes, sont néanmoins inscrites dans la biologie.

 

Il s’agit d’activer les cellules pour mobiliser aussi la mémoire de l’exercice de ces capacités inscrites dans leur ADN. Ceci pour vivre dans une réalité consciente ces capacités que le Moi corporel, pour les avoir déjà exercées, sait avoir et par suite ne plus douter, qu’elles sont bien là, toujours à sa disposition.

 

C’est le rôle de la séquence de «sophro-présence immédiate».

 

«A l’inspiration, activation de la présence de la vie biologique, avec les capacités dont elle est porteuse et les capacités qu’elle nous donne».

«A l’expiration, activation de ce petit instant ou moment de vivance Isocay, c’est à dire de bonheur vital à sentir que l’on peut librement intervenir sur son propre destin, en être responsable et digne».

 

f) Pause phronique de totalisation et formulation positive

 

Cette dernière, consiste à formuler avec des mots, c’est à dire se «re-présenter» à un niveau symbolique, la vivance de l’exercice de cette capacité que l’on a pu vivre dans une réalité consciente au cours de cette séance.

Cette formulation se fait à voix basse, vers la fin de la pause phronique de totalisation. De toute évidence elle devra toujours commencer par «je peux maintenant…».

 

Exemples :

 

Je peux maintenant vivre consciemment la présence de cette capacité en moi.

 

Je peux maintenant faire un peu plus confiance dans la vie que j’éprouve en moi, avec toutes les potentialités dont elle est porteuse.

 

Je peux maintenant avoir un peu plus foi en moi.

 

Je sais que je peux maintenant vivre cette liberté et cette responsabilité d’intervenir sur mon propre destin, pour savoir être au monde et exister d’une manière qui me convient.

 

Je peux maintenant vivre dans une réalité consciente, le sentiment d’espérance dû au fait de pouvoir donner sens et valeur aux actions que je suis en train d’accomplir pour intervenir sur ce qui va advenir de moi.

 

La présentation à soi-même, d’une ou plusieurs de ses capacités ou de ce pouvoir être d’une certaine façon, sous forme de mots, joue un rôle important4. Elle permet de nous constituer un monde de représentations symboliques, qui n’est plus lié à nos fantasmes et aux affects qu’il mobilise, mais à l’expérience vécue d’une manière de vivre notre existence avec cette ou ces capacités.

Bien entendu, ce n'est que si nous sommes en train de vivre vraiment ces dernières dans l’expérience, que la formulation positive peut nous permettre de nous faire davantage confiance. Ce n’est qu’à cette condition, que nous pouvons asseoir notre certitude de pouvoir jouer un rôle décisif dans ce qui va advenir de nous5.

 

g) Désophronisation

 

Elle peut être l’occasion de renforcer encore un peu plus chez chacun, ce sentiment de pouvoir, de liberté et de responsabilité de pouvoir modifier sa manière d’être présent au monde. Par exemple en faisant, lors de cette dernière, focaliser l’attention sur le moment où chacun va décider de mobiliser les orteils, les doigts, les muscles du visage, où il va étirer ses bras ses jambes, son dos, etc...

Faire vivre une telle possibilité est en effet l’application de la loi de la répétition vivantielle à l’activation du paramètre de futurisation.

 

Avant de terminer, rappelons l’importance de cette technique d’activation du paramètre de futurisation, qui est aussi utilisée dans différents programmes spécifiques d’entraînement, tels que :

 

La Sophro-acceptation progressive (S.A.P.)

 

La Sophro-correction sérielle.

 

La Sophro-stimulation projective.


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  Prévention et Education
  par M. Gilles BOSC


L'évènement survenu dernièrement me pousse à tenter de définir et d'approfondir les deux termes de prévention et d'